Un Kamiquadz chez les Southern Discomfort – Acte 1

Let your skates do the talking

Quand j’ai su que j’avais décroché mon stage à Londres, je n’y ai pas réfléchi à deux fois avant de contacter les Southern Discomfort, la meilleure équipe de roller derby masculin en Europe. Je ne les avait jamais vraiment rencontrés auparavant, je les avait juste vu jouer contre les Quad Guards de Toulouse en finale de la MERDC 2013 et il m’était clairement apparut que cette équipe était et restera une grande équipe pendant plusieurs années.
Le seul joueur que je connaissais était Rolling Thunder, on s’était déjà affronté le 4 Janvier 2014 lors d’un match à Montpellier qui opposait les Hades d’Écosse aux Kamiquadz de Montpellier. Rolling Thunder était en effet venu gonfler les rangs des Hades.
C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que je prend contact avec l’équipe Londonienne via leurs page facebook afin de savoir si je peux venir m’entraîner avec eux durant le mois que je passerai à Londres. La réponse est rapide et encourageante, ils m’accueillent avec plaisir, et me donnent toutes les informations pour me rendre à leur entraînement le samedi suivant. Et là, je réalise, je vais skater avec et contre certains des meilleurs joueurs du monde. Je suis comme un gosse heureux mais aussi un peu effrayé. J’envoie aussitôt un message à Rolling Thunder pour le prévenir que je serais des leurs samedi, il me répond que c’est lui qui coach samedi, le gros sourire de môme me traverse maintenant le visage.

Samedi, c’est le jour J. Je prend mon sac, je vérifie deux fois que je n’ai rien oublié. J’enfile ma veste Kamiquadz et je bat le pavé. Une heure de transport via le « tube », le métro Londonien et j’arrive à Stonebridge Park, le gymnase se trouve à quelques minutes du monstrueux stade de Wembley. Après être passé par l’accueil je me dirige vers la salle de sport au bout d’un couloir. Ce n’est pas très difficile à trouver, il suffit de suivre le son des roues qui dérapent. Je pousse la porte et là je reste bouche bée.
Ils sont 20 sur le track ! Au milieu Rolling Thunder en baskets corrige l’exercice en cours et à coté de lui, je reconnais la silhouette de Reaper. Le coach arrête l’exercice et explique le suivant, il me remarque du coin de l’œil et me salue, je ne veux pas le déranger et j’attends près de la porte qu’il ait fini. Personne ne bronche, personne ne m’a remarqué pour l’instant, ce qui me va plutôt bien. Les habitudes ont la vie dures, j’examine le sol, pas la moindre poussière. C’est un dallage de petits carreaux serrés recouverts d’une bonne couche d’un produit permettant un minimum d’accroche. L’idéal pour un jeu rapide et réactif permettant des freinages efficaces mais je craint d’être un poil trop dur sur l’intérieur de mes patins. Je me rassure néanmoins en remarquant que beaucoup roulent en dur, voir très dur et sur des profils de roues très fins. L’exercice suivant démarre, Rolling vient me voir, c’est l’accolade sans cérémonies, on est super content de se revoir. Reaper lui demande si je suis une nouvelle recrue, Rolling lui répond que je suis « un de ses potes français des Kamiquadz ». Reaper me regarde avec un gros sourire et me lance «  Cool, come on, put your skates on and let’s go ».

Pendant que je chausse j’observe les 20 joueurs qui s’entraînent en même temps sur le track. Je remarque que deux sont en réalité des joueuses mais je ne pense pas qu’il s’agisse de filles de la l’équipe A des LRG. Les gars n’y vont pas de main morte pour autant. Les coups sont lourds, et le niveau de patinage est bon, voir très bon pour la plupart d’entre eux.
Alors que j’ai presque finit de m’équiper je remarque que l’un d’eux ne m’a pas lâcher des yeux, j’ai l’impression de l’avoir déjà vu quelque part et ça ne présage rien de bon. Puis je me rend compte qu’en fait ce gars, c’est le clone de Sutton Impact. Le même casque, le même regard vicieux, la même moustache et la même façon de patiner. Le même si ce n’est la taille, il est légèrement plus petit. Son nom est Finn. Ça y est, j’ai la pression.
Quand Rolling revient me voir, je lui demande juste 5 minutes pour m’échauffer et après je serais prêt. En m’échauffant sur l’extérieur du track je comprend que je ne serais pas présenté aux autres, et que chaque exercice se fait à 100%. L’un des joueurs me conseille de mettre mon protège-dents, même à l’extérieur du track. Puis pour écouter les consignes de l’exercice suivant, je rejoint les autres au centre. Certains me saluent mais la plupart écoutent Rolling et réagissent, échangent… Puis c’est parti ! On commence par un exercice de réception d’impact et de recyclage, c’est vraiment un avantage d’avoir 20 personnes sur le track. Je tombe avec Finn et me rend compte qu’en réalité il est super cool. Le rythme est rapide, mais rien d’aussi dur que je ne le croyais. Les deux filles présentes suivent sans souci, et ne laissent perler quasiment aucune goutte de sueur, c’est signe d’une endurance à rude épreuve, elles ont l’air tellement petites à coté de la plupart des gars. Au premier coup d’œil elles ont l’air un peu perdu et en retrait mais c’est à cause du jeu complètement différent des gars, cependant le rythme de l’entraînement ne leur pose aucun souci. J’aurais même tendance à penser que le rythme est plus dur à suivre chez les filles.
J’ajuste mon timing, mes réflexes et mes freinages, je prend rapidement le coup et j’essaie de m’adapter à leur style de jeu. Quand on prend le temps de souffler je demande à ceux avec qui je m’entraîne comment ils communiquent. C’est avec soulagement que j’apprends que l’on a la même logique, j’ai juste besoin de parler en anglais. On change les groupes, et je tombe avec Spectral. Moins impressionnant par son gabarit que par son niveau de patinage qui surprend toujours autant. Jusque-là tout va bien. Les gars ne me demandent pas d’où je vient ni qui je suis. Je comprend alors qu’ici, même si ils sont accueillants, il faut faire parler ses patins. « Let your skates do the talking » Comme on pourrait dire. C’est donc déterminé que je poursuit l’entraînement.

Il est 13h30, ça fait maintenant une trentaine de minutes que je roule avec les SoDisco comme beaucoup aiment à les appeler. Et je suis surpris du plaisir que je prend ainsi que de la diligence de chacun à exécuter les exos de la meilleure manière possible. Il reste environs 1h30 d’entraînement quand Rolling annonce que l’on va commencer les scrimmages. Deux choses me surprennent, primo « les scrimmages ?! », genre, on va en faire plusieurs ? Là ? Tout de suite ?; Deuxio : on a assez d’arbitres ? Je veux dire, on est 20 c’est cool mais on va pas tous arbitrer. Rolling fait les équipes, comme de coutume le premier oppose la A à la B, en observant les équipes respectives je commence à me situer. Puis question arbitrage, Rolling s’occupera du pack avec Sutton en exter lorsque celui-ci ne joue pas et Reaper, ne patinant pas car encore en train de récupérer de sa blessure de Mars, fera jam timer et prendra le jammeur lead. Le score, on s’en fout, le tableau de fautes on s’en fout et la prison, une seule personne gère le tout sans problème grâce à une application sur son smartphone. Je crains le pire.
Mais au final tout se passe bien. En plus de leur bon niveau de jeu, tous connaissent parfaitement bien les règles de bases et par conséquent, très peu de fautes sont sifflées. Et comme ce que l’on veut avant tout c’est jouer. On échange volontiers les places des joueurs en prison et de ceux sur le banc lorsque un jam s’arrête. Avant de commencer, j’ai encore une dernière question, « joue-t-on à 100% ? – Hell yeah ! -Ok c’est parti ! »

C’est dans l’équipe B, que j’entame le premier des trois scrimmages, chacun durant un peu plus de 20 minutes. Je me cantonne à la position de bloqueur pour commencer, je suis les directives de mes coéquipiers et coéquipières sans trop parler, j’essaie de comprendre leur style. Puis je devient un peu plus loquace, je communique, je recycle, j’essaie de donner des directives à mon mur. Sur le banc je commence à comprendre les stratégies et j’essaie de proposer des idées pour les départs. Toute remarque est la bienvenue, on échange, on peaufine le jeu, j’arrive à trouver ma place. Dans le pack ça bouge vite et même très vite parfois, la plus grosse différence avec le jeu français, c’est non seulement leurs meilleures individualités sans pour autant être incapable de jouer ensemble mais aussi et surtout, leur réactivité. La moindre ouverture, la moindre inattention de ma part se transforme aussitôt en un hématome sur mon flan ou sur mon torse. Les coups sont précis, rapides et durs. De l’extérieur, ce style de jeu peut ressembler à une pluie de coups gratuits et violents mais de l’intérieur ça ressemble plutôt à une jungle parfaitement coordonnée. Le timing de chaque action individuelle est mesuré afin de passer de l’attaque à la défense en un instant.
Puis sur une ligne c’est la surprise, Spectral est le jammeur adverse. Le mec assure, il joue intelligemment, impossible de le freiner ou de le sortir et il prend le lead sans difficultés. Deuxième passage il bénéficie d’un assist à l’exter, il est à moins de 5 centimètres de la ligne exter dans l’entrée du virage, je le chasse, je coupe sa trajectoire et lui sort mon meilleur impact. Rien à faire, le lascar ne bronche pas, encaisse et continue sa course sans peiner. C’est bredouille que je retourne dans le pack. Sur le banc on me propose de prendre le jam, je suis chaud donc je saisi le bonnet mais Rolling siffle la fin du premier scrimmage. Tant pis ce sera pour plus tard.

Rolling refait les équipes et c’est reparti, je commence dans le mur. Après quelques jams, la fatigue de tous commence à se faire sentir et les fautes sont un peu plus fréquentes, mais personne ne se plein, chacun est là pour passer un bon moment, tous et toutes sont très disciplinés. Sur ce scrimmage, je joue avec le maillot de Blizzard of Oz car j’avais oublié mon maillot noir. Du coup Oz m’a gentiment prêté le sien. Rolling trouve qu’il me va bien. Je le vois venir, « Non c’est Mort !» Et la première fois que j’arrive sur la ligne de jam c’est contre Oz en blanc, là ça devient bizarre. Mais qu’à cela ne tienne j’ai bien l’intention de leur montrer que dans le sud de la France aussi on sait jammer. Le coup de sifflet retentit.
La ligne adverse est surprise, je prend le lead en quelques mètres, le premier passage marquant se déroule sans encombres. Le second est plus compliqué mais la défense de mon équipe maintient le jammeur adverse dans son passage initial donc j’enchaîne. Au fil des jams je sent que je commence à gagner leur respect, non pas qu’avant ils étaient méprisant, mais désormais, ils me prennent au sérieux sur le track. Les adversaires sont plus concentrés et les coups sont plus appuyés mais ce que j’ai appris à l’entraînement ne s’est jamais révéler aussi utile. Et je leur sort mes moves préférés. Mon sentiment se confirme lorsque j’entends Reaper crier : « Who the fuck is this guy ?! » et que Rolling lui répond «  The french guy ! » en rigolant. Tout le monde se marre, j’ai le sentiment de faire le taff et de rentrer dans l’esprit sérieux et fun qui règne dans ce gymnase.

L’entraînement se termine, on roule un peu dans le sens inverse pour détendre les muscles, je discute avec Spectral qui me félicite mais à mon avis, si j’ai pu passer aussi facilement aujourd’hui, c’est certainement parce que je les ai surpris et qu’ils ne sont pas encore habitués à moi. Ce ne sera certainement pas aussi facile la semaine prochaine. Il me demande pour combien de temps je suis là et si il n’y aurait pas moyen de prolonger mon séjour. « Non c’est mort ».Puis on déchausse pour s’étirer chacun dans son coin, je discute un peu avec Oz qui roule également en rink. Quand je me relève, Reaper vient vers moi et me complimente suivi de Sutton et Rolling, je sais pas quoi dire, je suis planté là comme un con devant ces excellents joueurs qui disent que c’est agréable de me regarder jouer. Je crois que je n’oublierais jamais ce moment, le seul regret que j’aurais de cette journée, ce sera de n’avoir pu affronter directement Reaper, mais un jour peut-être.

Au moment de libérer la salle, ils me proposent de les accompagner pour boire un coup. Hélas j’ai d’autres plans mais la prochaine fois certainement. Je reprend le tube avec le sourire aux lèvres et deux des joueurs avec qui je discute longuement. J’ai déjà hâte d’être au samedi suivant.

Buck la Baston

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